La médecine peut-elle être “libérale” ?
Posted by Dominique GAUTHIER on 31st mars 2009
Citez une profession libérale : “médecin !”
En fait rien n’est moins sûr. Ce n’est actuellement pas vraiment le cas. Doit-on le regretter ? Doit-on souhaiter plus de libéralisme ou au contraire encadrer davantage l’exercice médical ?
Que serait une médecine vraiment libérale ? Liberté d’installation, liberté du mode d’exercice, liberté de choix des horaires de travail, des périodes de congé, des tarifs, etc…
On voit que sur certains points, les principes d’une profession libérale sont écornés. D’autres posent questions. Tout simplement parce que la médecine est en fait un service public et probablement le plus primordial de tous. L’état doit donc garantir l’accés au soin à tous les citoyens.
Est-il possible de concilier service public et exercice libéral ?
Le “marché” médical ne se conçoit que si l’offre est suffisante !
Il y a quelques décennies lorsque les médecins étaient “trop nombreux”, on estimait que le marché permettrait de réguler l’offre de soin, les médecins s’installant inévitablement dans des zones où la densité médicale était moindre, s’ingéniant à offrir au patient des services les plus complets possibles et étant contraints à une disponibilité au moins égale à celle des “concurrents” pour se faire leur “clientèle”. Le grand nombre de médecin permettait que ces principes de profession libérale soient compatibles avec un service public.
Mais il existait déjà une entorse au libéralisme et de taille : les honoraires n’étaient pas libres. En fait c’était et c’est toujours le cas uniquement pour les médecins qui choisissent d’être conventionnés (c’est à dire signer la convention de la sécurité sociale), les autres pouvant toujours fixer les honoraires librement ce qui implique que les patients ne sont pas remboursés. On voit que le principe est sauf, mais dans les textes uniquement, la pratique étant que pour l’immense majorité des médecins les honoraires sont contraints par la sécurité sociale.
Du temps de l’”excés” de médecins, le système avait malgré tout des effets pervers. En effet, pour mieux gagner leur vie, les médecins étaient tenter de multiplier les actes en voyant plus que nécessaire les patients, d’où parfois un gaspillage de l’argent de la sécurité sociale.
Une nouvelle ère s’amorce, celle de la pénurie de médecins (1). Comment concilier l’exigence du service public avec celle d’une médecine libérale lorsque le “marché” a été volontairement faussé par une diminution drastique du numérus clausius ?
Concilier service public du soin et exercice libéral à l’heure de la pénurie
A mon avis, c’est impossible. Cette pénurie de médecins entrainera inévitablement un défaut d’accès aux soins pour une partie de la population. De plus les coups de canif au “libéralisme” médical proposés pour pallier à ce problème ne feront qu’aggraver les choses.
On peut citer par exemple l’obligation de demander une autorisation d’absence pour les médecins installés proposée dans le texte de réforme soumis au législateur en ce moment même. Cette mesure totalement anti-libérale mais parfaitement logique pour préserver la permanence des soins, détournera encore davantage les médecins des campagnes…
Je crois que le réalisme voudrait que l’on cesse de parler de médecine libérale, qui est en fait et sera probablement de plus en plus une profession “régulée”.
Accepter de ne plus être des “libéraux” ce serait simplement ouvrir les yeux. Il est malgré tout dangereux, tant que le nombre de médecins formés est insuffisant, de multiplier les contraintes à l’installation car ces mesures ne feront qu’aggraver la situation… (2)
(2) http://medecindecampagne.lesdemocrates.fr/2009/03/09/deserts-medicaux-ce-quil-ne-faut-pas-faire/
Posted in Santé | 5 Comments »