Déserts médicaux, ce qu’il ne faut pas faire.

Il est trop tard. Le volontarisme ne pourra rien y faire. Pire, il risquerait d’aggraver les choses.

Lors de la discussion de la loi Hôpital Patients Santé Territoire, les députés ont voté la semaine dernière :
1. Une taxe pour les généralistes exerçant en zones surdotées, avec remise en cause de la liberté d’installation annoncée aux étudiants
2. Une remise en cause du volontariat pour la participation à la permanence des soins (gardes)
3. Une autorisation d’absence pour les médecins installés à formuler auprès du Directeur de l’Agence Régionale de Santé,
4. Une taxe sur la télétransmission (des feuilles de soins électronique générées grâce à la carte vitale pour le remboursement des patients) pour les médecins installés,
5. Le contrôle des cabinets médicaux par l’Inspection Générale des Affaires Sociales.

D’autres mesures pour éviter les déserts médicaux n’ont pas été retenues :

  • Obliger les jeunes médecins à exercer une ou plusieurs années dans un lieu imposé (comme pour les jeunes enseignants)
  • Reprendre le système d’implantation des pharmacies limitées en nombre en fonction du nombre d’habitants.

Je ne dis pas que ces mesures seraient illogiques, je ne dis pas non plus qu’elles seraient injustes, je dis simplement qu’elles ne feraient (feront) qu’aggraver les choses.

Pourquoi ? Avant tous parce qu’avec une thèse de médecine générale, les modes d’exercice sont multiples. Je ne citerais que quelques exemples : activité libérale « particulière » (homéopathie, acupuncture, ostéopathie…), postes hospitaliers (urgences, médecine polyvalente, gériatrie, psychiatrie…), médecin coordonnateur de maison de retraite, médecine scolaire, médecin de PMI, médecin conseil de la Sécurité Sociale, médecin conseil pour société d’assurance, industrie pharmaceutique etc… Les offres d’emploi sont légion, dans chaque secteur mentionné de nombreux postes ne sont pas pourvus et ce phénomène va s’accentuer avec les départs à la retraite.

On remarque déjà, dans l’état actuel des choses que de plus en plus de jeunes généralistes se détournent de l’exercice libéral. Il est à noter qu’il ne s’agit pas d’une question financière car les médecins installés gagnent mieux leur vie que les autres ! Il s’agit du choix de lieu d’exercice et de la volonté de se préserver d’une vie professionnelle laissant peu de place à la vie personnelle.

Aucune mesure coercitives à l’égard des médecins libéraux n’empêchera les jeunes de choisir un autre mode d’exercice, aucune ne les contraindra à exercer là où ils ne veulent pas.

De plus, chaque contrainte supplémentaire à l’égard des médecins installés accentuera ce phénomène…

Il est trop tard, les déserts médicaux sont malheureusement inéluctables jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle génération formée en nombre suffisant.

Le scandale que représentera l’impossibilité d’accès aux soins d’une partie de la population aurait pu être évité si nos dirigeants avaient écouté ne serait-ce que les associations d’étudiants en médecine qui pointaient du doigt ce danger il y a plus de 15 ans… Et maintenant que ces données sont connues, c’est un comble que les élus prennent  des mesures aggravant la tendance !

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2 réponses à Déserts médicaux, ce qu’il ne faut pas faire.

  1. drgaudo dit :

    A lire pour en savoir plus sur l’évolution de la démographie médicale : http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er-pdf/er679.pdf

  2. drMVD dit :

    L’analyse semble juste… mais dans ce cas, à qui profite le crime ? L’hypothèse un peu parano est que les élus savent tout à fait ce qui va se passer : disparition pure et simple du généraliste libéral au profit des postes hospitaliers/coordonateurs/acupuncteurs…

    Au fait, est ce que ces mesures s’appliquent à un jeune qui reprend un cabinet médical (retraite, décès…) ?
    Et à combien s’élève cette « taxe » ?

    P.S. je ne serais pas contre le contrôle des cabinets par les autorités, en tant que remplaçant j’ai vu des cabinets hallucinants de saleté/bordel/inaccessibilité..

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