Les bénéficiaires de la CMU pas assez ou trop soignés ?

« Les médecins refusent de soigner les patients bénéficiant de la CMU » entend-on dire. Cette affirmation indigne et étonne. En tant que médecin généraliste, elle me surprend encore plus.

Mon expérience de prise en charge de ces patients ne m’a jamais enclin à leur refuser des soins. Paradoxalement, je dirais même que la tentation serait de trop leur en accorder…

 

Les patients bénéficiant de la CMU consomment trop de soin ?

On disait peu après la mise en place de la CMU, que c’étaient ces patients qui coûtaient le plus cher en terme de dépenses de santé. « C’est parce qu’il n’avancent pas l’argent » disaient les gens de droite. « Ce sont les plus malades à cause de leur pauvreté » affirmaient ceux de gauche. Encore une fois la réalité est probablement entre les deux… Et les médecins ont une part de responsabilité.

J’aimerais vous partager deux observations issues de mon expérience de remplaçant.

La première : les patients bénéficiant de la CMU consultent trop. J’exagère évidemment, on ne peut pas généraliser. Cependant, on peut noter de nombreuses consultations peu justifiées. Comme beaucoup de mes confrères suite à cette observation, je me suis dis : « Ils abusent ! Ils profitent du système, des médecins, des soins gratuits, etc… »

Au fil du temps, j’ai compris que le problème était autre. Un certain nombre de ces patients ont très peu d’instruction et de ce fait, comprennent mal ce qui concerne leur santé. Au moindre doute, ils consultent, surtout si cela concerne leurs enfants.

Il y a aussi une question culturelle : nos vieux paysans béarnais, cévenols ou picards, souvent pauvres, parfois peu instruits ont gardé l’habitude de leurs parents de n’appeler le médecin qu’à la dernière extrémité, parfois trop tard quand le tableau, compliqué, entrainera des dépenses plus élevées et des conséquences plus graves que s’il avait été pris plus tôt. D’autres franges de la population bénéficiant de la CMU, culturellement ont le réflexe consultation à la moindre égratignure.

Ces consultations « abusives » ont malgré tout l’avantage de suivre de plus près une population à risque et d’insister sur les mesures préventives…

Dois-je en profiter pour insister sur l’idée qu’une éducation à la santé pour tous serait un facteur d’économie tout en permettant une meilleure prévention et une prise en charge améliorée ? (1)

La deuxième observation n’est pas glorieuse pour les médecins. Lorsqu’un patient consulte pour lui et deux de ses enfants, que la troisième consultation n’a pris que 3 minutes, s’il fait l’avance des frais on aura tendance à lui en faire grâce, s’il est à la CMU, on sera tenté de se faire payer trois actes (ce qui est parfaitement légal, voire normal, du fait du principe de la rémunération à l’acte). C’est aussi une des causes du surcroit de dépenses de santé par ces patients !

Ce dernier point explique mon étonnement quant aux refus de soins évoqués dans les médias. Le tiers payant offert par la CMU est tellement plus confortable pour le praticien ! Pas de question d’argent avec le patient, chaque acte est facilement encaissé. La carte vitale passée, plus rien à faire, pas de chèque à envoyer, un virement automatique…

 

Les médecins refusent de soigner ces patients ?

Comment alors expliquer, le refus par certains praticiens ?

Pendant une période, il semblerait que les virements de la part de la sécurité sociale tardaient un peu ou beaucoup, voire que certain étaient oubliés… Les professionnels victimes de ces dysfonctionnements ont alors pris en otage les patients concernés pour régler leurs comptes avec l’assurance maladie. Procédé logique mais choquant.

Un autre élément d’explication serait que certains médecins estiment que ces patients pauvres sont pénibles à soigner préférant des clients bien de leur personne. Dieu merci, je crois que cet état d’esprit honteux est exceptionnel.

Le dernier élément d’explication concerne les spécialistes pratiquant des dépassements d’honoraires et les dentistes dont certains soins ne sont pas pris en charge par la CMU. Là se situe probablement le plus gros problème. J’ai un a priori sur la question que je relativise n’étant pas à la place de ces confrères.

Le 5 mars dernier, les députés ont adopté une disposition permettant le testing d’un professionnel de santé préalablement signalé par un patient s’estimant victime de ce genre de discrimination (2). La méthode ne plait pas à tous. Cependant ceux qui n’ont pas ce genre de comportement ne risquent rien.

(1)http://medecindecampagne.lesdemocrates.fr/2009/03/03/pour-une-education-a-la-sante/

(2)http://www.liberation.fr/societe/0101473009-refus-de-soins-le-testing-aupres-des-medecins-possible

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2 réponses à Les bénéficiaires de la CMU pas assez ou trop soignés ?

  1. chalonnais dit :

    Ce n’est pas que les patients pauvres sont pénible à soignés,( enfin pour certains médecins), mais surtout que les patiens pauvres sont mal compris par certains médecin.
    Pour cela, s’est important d’évoquer une éducation à la santé, mais pas n’importe quelle éducation.
    J’ai poster une référence surun exemple vécue de co formation dans le forum des commissions
    Je ne sais si certains médecins ont pu trouver le document que je citais.

  2. drgaudo dit :

    Le forum des commissions démocrates chargées de faire des propositions pour le programme électoral du parti démocrate est accessible ici, moyennant inscription :
    http://forum.commissions-democrates.net

    Le sujet en question est ici :
    http://forum.commissions-democrates.net/viewtopic.php?f=33&t=1801

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